Des algues sous surveillance...

> En partenariat avec l'Ifremer, Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer...

Des algues microscopiques. Sous surveillance.

Le phytoplancton, c’est l’ensemble des algues microscopiques qui flottent dans la mer. Invisibles à l’œil, c’est le premier maillon de la chaîne alimentaire dans l’écosystème marin. Au niveau mondial, il existe près de 4 000 espèces de phytoplanctons. Présent dans les couches superficielles de la mer, le phytoplancton absorbe des sels minéraux et du carbone, pour rejeter de l’oxygène sous l’effet de la lumière. Il assure 45 % de la production primaire marine.

Des algues sous surveillance

Certaines de ces algues peuvent proliférer de façon importante, cette prolifération peut provoquer le phénomène dit des« eaux colorées » (eaux rouges, brunes ou vertes) que l’on observe au printemps ou en été. Si la plupart de ces algues sont inoffensives, on dénombre environ 70 espèces toxiques pour l’homme ou nuisibles pour la faune marine.

Alexandrium

En 1984, un réseau national de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (Rephy) a été créé par l’Ifremer, suite à l’observation de nombreuses intoxications de type diarrhéique chez les consommateurs de coquillages. Ces intoxications avaient pour origine le développement dans le milieu littoral de Dinophysis, un phytoplancton ayant la propriété de produire des toxines diarrhéiques. Le Rephy couvre l’ensemble du littoral métropolitain.
PrélévementsCe réseau a un double objectif environnemental et sanitaire. Il sert à la fois à  observer l’ensemble des espèces de phytoplancton des eaux côtières et les paramètres hydrologiques associés, à recenser les évènements tels que les eaux colorées et les efflorescences exceptionnelles et à suivre les toxines produites par certaines espèces de phytoplancton, dont celles qui sont dangereuses pour les consommateurs de coquillages. Cette surveillance s’exerce également à travers d’autres plans de contrôle de la Direction dénérale de l’alimentation (DGA) ou de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).

Des recherches pour comprendre

Les espèces algales toxiques présentes sur nos côtes sont variées et provoquent des syndromes d’intoxications divers (intoxications de type diarrhéique, paralytique, amnésique). D’autres ont une influence directe bien que mal connue sur l’écosystème en inhibant le développement de plancton et en ayant des effets néfastes sur les populations exploitées (poissons, coquillage). Les arrêts de commercialisation induits par la présence de toxines ont des implications socio-économiques importantes, qu’il s’agisse des activités liées aux mollusques cultivés (huîtres, moules) ou de pêche (coquilles Saint-Jacques).
Il est difficile, en l’état actuel des connaissances d’identifier précisément les causes probablement multiples de l’accroissement continu des crises environnementales liées à des évènements toxiques. Cet accroissement pourrait simplement être une conséquence de l’attention accrue que l’on y porte du fait du durcissement des normes sanitaires. De plus en plus, les domaines de présence de certaines  espèces s’étendent. Une espèce paralytique tropicale a ainsi été identifiée en 2005 en Galice.

Les modifications des courants marins, les débris flottants dont la densité est en augmentation dans l’Atlantique Nord, peuvent contribuer à disséminer des espèces en dehors de leur aire de répartition d’origine.

Pseudo Nitztia


Autre exemple : le complexe toxique Pseudo-nitzschia à l’origine d’intoxications de type amnésique. Après avoir été détecté, il y a une quinzaine d’années sur les côtes canadiennes, est apparu en Ecosse où il occasionné une fermeture interrompue de 18 mois de la pêche à la coquille Saint-Jacques.Le phénomène s’est ensuite étendu à l’Irlande et est désormais présent sur les côtes bretonnes et normandes. Les transferts de coquillages d’un site à l’autre, ou encore les déversements d’eaux de ballast de navires ont pu aussi favoriser le développement de ce complexe algal.

Face à la complexité des phénomènes et leur diversité, l’Ifremer organise ses recherches de façon à fournir des réponses aux demandes des professionnels et de l’administration. Il s’agit d’améliorer les outils de surveillance (capteurs innovants), de mieux comprendre les événements afin de les prévoir et d’élaborer en concertation avec les professionnels (conchyliculteurs et pêcheurs) des procédés de gestion des événements toxiques.

Pour en savoir plus : http://envlit.ifremer.fr/
http://www.ifremer.fr/institut/

Illustrations : Alexandrium affine, Baie de Concarneau©Ifremer/Elisabeth Nezan - Prélèvement de plancton pour le réseau Rephy en Baie de Vilaine ©Ifremer/Olivier Barbaroux - Algue Pseudo Nitztia ©Ifremer/Olivier Dugornay.