La qualité de l'eau de mer...

Enquêtes en eaux troubles...

> En partenariat avec l'Ifremer, Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer...

Des eaux bleues, calmes et transparentes, c’est l’idéal pour nager, faire de la plongée, etc.
Hélas, nos mers se présentent souvent autrement : claires, troubles, quelquefois de teinte verdâtre, jaunâtre ou même blanchâtre, leur couleur ne donne pas toujours l‘envie de s’y baigner et peut même être si opaque que l’on n’y distingue plus rien ; pas question alors de plongée sous-marine !

Une eau est trouble parce qu’elle contient des matières en suspension.

Un liquide est trouble (on dit aussi «turbide») parce qu’il contient des matières qui s’y trouvent  «en suspension». Vu du fond en regardant «en l’air», ces matières constituent ce que certains nomment, par analogie, «la neige marine». Bien loin d’être toujours blanche, cette neige se trouve partout, dans tous les océans, mais répartie de manière inégale.
Environ 80 % des matières présentes dans la mer sont apportées par les fleuves, les rivières et les cours d’eau. On a calculé,  par exemple, que la Seine et la Loire transportent de 400 000 à 1 million de tonnes de matières par an, le Rhône de 5 à 8 millions de tonnes. De grands fleuves comme l’Amazone au Brésil, le Gange en Inde ou le Yang-Tse Kiang en Chine en charrient encore bien davantage. Transportées par l’atmosphère, d’autres quantités de matières se retrouvent aussi dans les eaux des océans comme des cendres (à la suite d’éruptions volcaniques par exemple), des poussières issues des activités industrielles, des fumées d’incendies, des aérosols, etc.

Embouchure de la Seine
Les fleuves peuvent notamment déverser en mer des éléments minéraux issus de l’érosion des sols lors des périodes de pluies. La quantité et la nature de ces éléments minéraux varient selon les types de terrains traversés par les fleuves et les saisons. Les cours d’eau transportent également des élément vivants, organismes tels que plancton, bactéries et virus, mais aussi des éléments chimiques : des métaux et matières organiques, d’origine  naturelle ou des contaminants issus des activités humaines.
Les particules, d’abord en suspension dans les liquides, sont transportées par les courants, se déposent dans les zones plus calmes puis deviennent des sédiments. Les tempêtes, les vagues, les marées, ou encore les mouvements du fond,  peuvent les remettre en suspension, les courants pouvant alors les transporter de nouveau : les échanges sont permanents entre les sédiments et l’eau qui les couvre. Parmi les activités humaines, le chalutage sur le fond, les extractions, les dragages et les rejets de dragage contribuent aussi à cette remise en suspension.
On peut classer les matériaux particulaires en fonction de leur nature et aussi de la taille des éléments qui les constituent. On distinguera ainsi deux  grandes catégories, aux comportements différents : les éléments fins qui donnent les boues et les vases et les éléments plus grossiers, qui constituent sables et graviers.

Pourquoi s'intéresser aux mouvements des particules en suspension ?

La charge en particules influe sur la nature d’un milieu, par conséquent sur ce qui peut y vivre et les activités que l’on peut y développer.
Ainsi, une bonne part de ces matières particulaires est indispensable à la vie : elles apportent à la mer des éléments nutritifs précieux et nécessaires pour que le plancton se développe. Des chaînes alimentaires indispensables à la vie marine en sont donc dépendantes. Cependant les matières particulaires véhiculent aussi les polluants...
Quand trop de matières nutritives parviennent dans l’eau, ce «trop» déséquilibre le milieu et génère des réactions dans les chaînes alimentaires. Des proliférations planctoniques peuvent par exemple se produire. Une des manifestations est l’apparition des «eaux colorées». D’énormes quantités de micro-organismes vont alors «pomper», l’oxygène de l’eau au point que, les poissons, n’en ayant plus assez pour leur respiration, peuvent mourir ou disparaître.

Diatomées
À l’inverse, lors d’une année de sécheresse, les débits des fleuves et des rivières diminuant, moins d’éléments nutritifs vont jusqu’au littoral, ce qui peut affecter le grossissement des huîtres élevées sur les parcs de la côte. Plus l’eau se charge en particules, moins la lumière solaire peut y pénétrer et le développement de  la vie algale, par le mécanisme de la «photosynthèse», est freiné.
Le développement des activités humaines sur le littoral amène à construire des ouvrages nombreux tels ports, digues ou jetées, enrochements, polders, installations conchylicoles et aquacoles, etc. Tous ces aménagements modifient localement la circulation des courants et le déplacement des particules. Il est alors important de pouvoir prévoir et anticiper ces modifications : dépositions non contrôlées de sédiment, envasement de ports et de chenaux ou, à l’inverse, érosions marquées,  tous susceptibles de créer des gênes pour la navigation mais aussi pour la conservation de sites d’intérêts économique, écologique ou encore touristique et culturel, comme le Mont-Saint-Michel.
Connaître ces matières dont la nature, la quantité et les mouvements gouvernent des équilibres parfois délicats est l’une des missions des scientifiques de l’Ifremer.

Et alors, peut-on se baigner dans une eau trouble ?

Dans la nature, l’eau n’est jamais constituée d’eau pure. La plupart des étendues d’eau sont, en réalité des «soupes complexes». L’eau de mer est donc un mélange de quoi ? Parce que l’œil ne voit pas et surtout ne mesure pas tout, on ne peut pas affirmer que l’eau claire est « saine » et l’eau trouble « malsaine ».
En France, comme en Europe, des réseaux de surveillance ont pour mission de fournir les informations qui permettent aux autorités de délivrer régulièrement au public des directives sur les risques liés à la qualité des eaux, qu’elles soient troubles ou pas. Le critère «matières en suspension» est évidemment pris en compte dans ces expertises qui intègrent, au fur et à mesure, les résultats des recherches des scientifiques de l’environnement.

Paysage de Méditérranée