Les marées vertes...

Sous les algues... la plage !

> En partenariat avec l'Ifremer, Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer...

Les marées vertes sur les plages

Certaines grèves de sable blanc se couvrent dès le printemps d’algues vertes et transforment l’environnement en un « cauchemar verdâtre ». Ce phénomène s’appelle Les marées vertes.

Certaines plages de Bretagne, mais aussi des lagunes dans d’autres régions (Arcachon, Languedoc), voient se répéter chaque année le même phénomène de prolifération et d’accumulation d’une algue verte, appelée Ulve ou plus communément laitue de mer. Démarrant en avril, sous forme de petits fragments en suspension dans l’eau, cette prolifération s’accélère en juin pour aboutir, début juillet, à une quantité maximale capable de recouvrir par temps calme la quasi totalité d’une plage lors des marées descendantes.

Les dépôts formés en haut de plage, non repris par la mer, meurent en séchant en surface. Ils se décomposent sous cette croûte superficielle étanche, dans un milieu privé d’oxygène. Ces dépôts d’algues génèrent alors des jus noirâtres et des odeurs d’œuf pourri peu agréables pour les populations riveraines, mais surtout contenant de l'hydrogène sulfuré dangereux pour les êtres vivants, voire mortel à forte concentration.

Marées vertes
Tant en quantité produite qu’en nombre de sites touchés, les marées vertes ont connu une spectaculaire augmentation depuis le début des années soixante-dix, se stabilisant plus ou moins depuis les années quatre-vingt-dix.
Ce phénomène est devenu une nuisance préoccupante en Bretagne où la gêne ainsi occasionnée est essentiellement d’ordre sanitaire et touristique (odeurs de putréfaction des algues échouées, désagréments causés aux baigneurs, atteinte à l’image de marque...). Mais localement, ces algues vertes constituent également une entrave croissante aux activités de la conchyliculture (recouvrement des parcs à huîtres ou des bouchots) ou de pêche (colmatage des filets).

Comment naissent les algues vertes ?

Les algues vertes se développent abondamment lorsque plusieurs facteurs sont réunis : d’abord une température et un éclairement élevés dans la zone. Ceci se produit naturellement au printemps, et d’autant plus vite que les fonds sont peu profonds et sableux (donc réverbérants). L’algue verte, bien connue pour être très demandeuse en azote (« nitrophile »), a aussi besoin de nutriments.  La mer côtière en fourni beaucoup par les apports des rivières sous forme de nitrates issus du lessivage des terres agricoles, et parfois d’ammonium issu de la décomposition de matières organiques dans les rejets urbains. Et en dernier lieu, pour confiner la biomasse en formation, il faut un site où le renouvellement des eaux marines est lent comme par exemple des lagunes ou des baies à faible circulation des eaux.

Des solutions ?

Aujourd’hui, un effort important est porté sur le ramassage des algues échouées pendant l’été, au moyen de bulldozers ou de tracto-pelles, particulièrement sur les deux sites-pilotes du plan "Algues vertes" lancé en 2010 par le gouvernement. Seule une partie de ces milliers de tonnes d’algues parviennent à être ramassées, et il faut renouveler l’opération chaque été.
Tous les ans, une soixantaine de communes est contrainte à un ramassage de près de 60 000 m3 d’algues fraîches. Cela représentait à la fin de la décennie 2000 un coût pour les collectivités d’environ 500 000 €. Ce coût a naturellement augmenté depuis la systématisation du ramassage mis en place en 2010 pour des raisons sanitaires; et a nécessité la construction de plates-formes de stockage-compostage des algues ramassées en mode confiné .

Marée verte
En fait, seule la forte diminution des concentrations de nitrate dans les rivières devrait permettre de diminuer ce phénomène. En Bretagne, le programme Prolittoral (2002-2006) avait été mis en place pour  tenter de réduire les marées vertes.
Son insuffisance manifeste a conduit le gouvernement à organiser, à partir de 2011, des programmes de modification des pratiques agricoles sur les bassins versants concernés, ayant pour but de limiter fortement les fuites de nitrate par la diminution de la fertilisation, la reconquête de zones humides renvoyant naturellement une partie de l'azote nitrique vers l'atmosphère et une baisse éventuelle du cheptel. Il faudra de nombreuses années pour retrouver des rivières à faible teneur en nitrate.

Des essais ont été envisagés pour valoriser les algues vertes sous forme de compost, d’aliments pour bétail ou poisson, voire d’ingrédients dans des matériaux industriels biodégradables, mais l’ulve possède une valeur économique quasi nulle, qui a jusqu’ici empêché toute valorisation efficace.

Pour en savoir plus : http://envlit.ifremer.fr/#6 - http://www.ceva.fr/fre/S-INFORMER/ANALYSES-GESTION-des-CONNAISSANCES/Info-FP/Liens-Directs/MAREES-VERTES - http://www.cseb-bretagne.fr/index.php/Littoral/Marees-vertes.html - http://www.bretagne-environnement.org/Mer-et-littoral/Les-menaces/Les-marees-vertes

Illustrations :  Marée verte sur la plage de Saint-Michel-en-Grève ©Ifremer/Michel Gouillou & ©Ifremer/Olivier Barbaroux - Dépôts d’algues vertes en haut de plage ©Ifremer/Michel Gouillou.

Dépôt d'algues vertes